VALUE : Quelques profils de faibles valorisations, de cycliques et de small caps à considérer pour 2025
- q.dyon
- 27 janv.
- 6 min de lecture

- Téléperformance : Téléperformance est un cas d’investissement qui a beaucoup fait parler et divisé. Longtemps, Téléperformance a été un modèle sur le plan boursier avec un parcours phénoménal : le cours avec fait quasiment x30 entre 2011 et 2021. Plus dure a été la chute ensuite, la faute à une conjonction de facteurs : Téléperformance était devenue trop chère en parallèle d’une croissance qui a nettement ralentie. Rattrapée par des controverses ESG, elle s’est faite immédiatement blacklistée par les fonds ESG tout en gagnant l’étiquette de perdante de l’IA. Ajoutons une acquisition de Majorel pas validée par le marché. Avouez que ça fait beaucoup en aussi peu de temps … Aujourd’hui Téléperformance se paye 7x ses résultats 2024 et 6x ses résultats 2025 et rachète agressivement ses actions. Les prochains exercices devraient laisser apparaitre une croissance respectable de l’ordre de 3 à 4%. Côté valorisation, Téléperformance est quasiment 2x moins bien valorisée que son concurrent Américain Concentrix. Cette très faible valorisation est un reflet inversé de l’intérêt énorme que le marché porte à l’IA. Dans ce nouveau monde de l’IA, Téléperformance n’existe plus. Or c’est peut-être aller un peu vite en besogne pour une entreprise qui continue de croitre et qui intègre sans doute plus d’IA que nombre d’entreprises estampillées IA…

- JDE Peets : JDE Peets est un cas intriguant. Sans doute peu connue en France, c’est le groupe qui est derrière des marques bien connues que sont Senseo ou L’Or. Le parcours boursier a rapidement tourné au vinaigre avec un cours de bourse passé de 35€ à 16€ en un peu moins de 5 ans. Les chiffres ont pourtant bien progressé entre 2020 et 2025 avec un CA 45% plus haut. La rentabilité, elle, pose un peu soucis puisque le bénéfice stagne au mieux depuis 2021. A 12x les bénéfices 2024, la valorisation n’est pas très chère compte tenu de la croissance solide et d’une bonne génération de trésorerie. Il faut toutefois noter que l’endettement est plutôt élevé. Alors en quoi JDE Peets est-il un cas intriguant ? En dehors du fait que l’entreprise dispose d’une croissance solide et régulière, de marges très correctes et d’un bon niveau de FCF, c’est côté coulisse qu’il est intéressant de regarder. L’actionnaire majoritaire de JDE Peets, JAB, qui a mis JDE Peets en bourse a récemment racheté sa participation à Mondelez pour 2,2 Milliards d’Euros au prix de 25,10€ par action. Rapporté à la capitalisation, l’opération est conséquente : 2,2 milliards vs une capitalisation de 8 Milliards. Et surtout, le prix à 25,10€ est bien supérieur au cours actuel de 16€. Le paradoxe étant que l’action continue de baisser alors que l’incertitude autour de la participation de Mondelez avait contribué à faire baisser le cours … JAB détient désormais 68% de JDE Peets. Une opération de sortie de cote au prix de 25€ (prix où ils ont payé les actions de Mondelez) ne serait pas une mauvaise affaire pour récupérer ce qu’ils avaient introduit à plus de 35€ …

- Vallourec : Vallourec conjugue deux atouts. D’une part, une situation financière assainie, avec un gros travail du management qui a réussi à transformer en un temps record un groupe en proie aux difficultés de très longue date. Vallourec, qui trainait 2 milliards de dette en 2020 et encore 1,1 milliard en 2021 finit 2024 en position cash net. Une position de trésorerie amenée à augmenter en parallèle d’une généreuse distribution de dividende à venir. Le deuxième atout de Vallourec c’est son intérêt spéculatif. Arcelor est entré au capital en 2024 en prenant 30% au fond Apollo. Arcelor s’est engagé à ne pas lancer une OPA mais seulement pour une période très limitée. Pourquoi opérer de la sorte si Arcelor n’avait aucune intention de lancer une OPA ?

- Derichebourg : Derichebourg conjugue value et cyclicité. Le PE de Derichebourg est inférieur à 6 tandis que son parcours des 10 dernières années reflète une cyclicité évidente avec deux grosses accélérations de cours qui avait quadruplé à chaque fois avant une longue phase de digestion. L’avantage de Derichebourg contrairement à beaucoup d’entreprises très cycliques, c’est qu’elle gagne de l’argent, même en bas de cycle. Derichebourg a certes vu son bénéfice être divisé par 3 entre 2022 et 2024 mais elle a continué à être confortablement rentable comme c’est le cas sans interruption depuis 2014. 2025 devrait déjà matérialiser un certain rebond avec un bénéfice attendu doublé par rapport à 2024. Un semblant de reprise économique, certes difficile à percevoir à ce stade, pourrait à nouveau permettre une poussée majeure sur le cours, la question étant plutôt quand. Le dernier point sur Derichebourg c’est Elior, qu’il est indispensable d’évoquer. L’opération de Derichebourg sur Elior avait beaucoup surpris et contrarié le marché, Elior étant à ce moment-là un navire en perdition. Depuis, les choses se sont nettement améliorées avec un Elior de nouveau rentable en 2025 (normalement), des FCF nettement positifs et un endettement en baisse. S’il y a eu un warning lors de la dernière publication d’Elior, ce redressement bénéficiera forcément à Derichebourg qui en détient 48%, soit une valorisation de 325M€ au cours actuel. A rapporter à une capitalisation de Derichebourg de 853M€.

- Trigano & Fountaine Pajot : Ces deux entreprises cotées ne sont certes pas exactement comparables mais elles ont énormément de points communs. D’abord, elles sortent d’un exercice historique en tous points. Le bémol, c’est qu’elles entrent l’une comme l’autre dans une phase de digestion qui devrait durer un à deux ans (un phénomène un peu moins long chez Trigano à priori). Une faiblesse largement compensée par une valorisation très raisonnable à moins de 8x les résultats 2025 dans les deux cas pour des entreprises qui ont les poches pleines de cash (124M€ de cash pour Fountaine Pajot sur une capitalisation de 166M€ ; 272M€ pour Trigano sur une capitalisation de 2500M€). Même avec des résultats en retrait, le taux de marge nette affiché dépassera les 7% dans les deux cas ce qui reste plus que confortable pour une activité en baisse. Malgré ces aouts évidents, on peut s’interroger sur l’opportunité d’avoir ces deux groupes en portefeuille dans une période plus compliquée ou l’activité baisse. Prenons les choses à l’envers. Ces deux groupes ont vécu à leur échelle un super-cycle post covid avec une activité exceptionnelle. Sauf que le marché n’a jamais voulu les valoriser à la hauteur de leurs résultats en anticipation d’un contrecoup d’activité qui viendrait forcément. Maintenant que nous y sommes, le marché, serait-il enclin à de nouveau se projeter dans l’après, vers le retour à la croissance ? Même si la décélération de l’activité est un peu difficile à appréhender, il faut garder à l’esprit que ces deux groupes sont bénéficiaires sans interruption depuis 2009 pour Trigano et depuis 2011 pour Fountaine Pajot et que ce sont des machines à générer du cash (848M€ de FCF cumulés pour Trigano entre 2020 et 2023 ; 129M€ de FCF cumulés sur la même période pour Fountaine Pajot). Quelques gages de sécurité donc.


- Freelance : Freelance.com continue de grossir dans l’indifférence générale ou presque, dépassant en 2024 le milliard de CA, un quadruplement de taille depuis 2019. La faute à des marges, très faibles, avec un taux de marge nette autour de 2%. Focalisé sur ce point, le marché occulte le fait que Freelance opère sur un marché relativement jeune et en phase de consolidation, où Freelance joue désormais les premiers rôles après avoir fait beaucoup de croissance externe. Freelance ne se paye que 7x ses résultats 2024 en dépit d’une position pourtant intéressante sur un marché qui reste en développement. Avec seulement 148M€ de capitalisation, Freelance paye également son statut de small cap et un flottant très faible avec seulement 18% des actions en circulation.

- Mgi digital : Comme beaucoup de small caps FR, MGI paye quasiment uniquement statut de petite capitalisation malgré de nombreux atouts. En faisant abstraction de ce statut de small cap, il est difficile de trouver quoi que ce soit pour justifier une valorisation à 7x les bénéfices 2025 pour une entreprise qui devrait afficher une croissance de 40% en 2 ans, qui dispose d’une marge nette supérieure à 15% et qui a les poches pleines de cash (18 millions de cash dans les caisses sur une capitalisation de 95M€).

- Reworld : A 3x les profits pour une entreprise rentable sans interruption depuis 2017 et qui a triplé de taille sur cette période, la valorisation de Reworld a de quoi interpeler. Contrairement à certaines entreprises rentables comme Nacon mais dont tous les cash flows sont engloutis par les investissements, Reworld dégage bel et bien des FCF positifs avec 80M€ de FCF cumulés depuis 2020. Pourquoi une telle absurdité dans la valorisation alors ? Plusieurs éléments justifient une valorisation faible : pas ou peu de croissance et une politique de rémunération bien trop généreuse des dirigeants. 2 raisons de payer moins de 10x les bénéfices sur un dossier comme Reworld. Mais entre 3 et 10x les profits, il y a un léger écart.

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